Le deuil
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Parcours « Les éclats d'une vie »· étape 6/12
Le deuil
Le deuil ne fait pas mal parce que l’on perd.
Il fait mal parce que ça arrache…
Ce n’est pas une absence.
C’est une déchirure…
C’est dire adieu à un corps que l’on confie à la terre.
A une chaleur qui se retire.
A une voix qui ne répondra plus…
A une présence qui ne se déplace plus que dans la mémoire, dans l’air, dans le manque…
J’ai connu ce deuil-là. Le définitif.
Celui qui ne négocie pas. Celui qui tranche net.
Celui qui te laisse vivant. Mais autrement…
Et puis il y a l’autre. Celui dont on parle moins… Celui que l’on ne sait pas nommer…
Celui qui ne bénéficie d’aucune cérémonie…
Le deuil de quelqu’un qui est encore là.
Un corps qui respire.
Une voix qui parle.
Un visage qui traverse ton quotidien.
Mais un lien qui s’est rompu… Ou déplacé, ou vidé de ce qu’il était…
Faire le deuil d’une relation vivante, c’est une douleur sans tombe…
Une peine sans lieu…
Un chagrin sans terre où s’enfouir.
J’ai connu ces deuils-là.
Les deuils relationnels.
Ceux que l’on minimise.
Ceux que l’on rationalise.
Ceux pour lesquels on te dit :
« Ça passera ».
Mais rien ne passe vraiment quand ce qui fait mal est encore là :
Quand il te regarde.
Quand il te parle.
Quand il ravive ce qui n’existe plus.
Tu sais pourtant pourquoi tu es partie.
Pourquoi tu as renoncé.
Parce que continuer te coûtait trop cher.
Parce que rester t’éteignait.
Parce que t’oublier n’était plus une option.
La tête comprend.
Elle est droite.
Logique.
Implacable.
Mais le cœur…
Le cœur n’obéit pas.
Il résiste.
Il s’accroche.
Il pleure ce qu’il sait pourtant devoir laisser mourir…
Et la question revient, encore et encore :
Ai-je le droit d’aller mieux ?
Ai-je le droit d’avancer ?
Ai-je le droit de vivre autre chose quand ce qui a existé me fait encore face ?
Quand les schémas reviennent.
Quand les boucles se reforment.
Quand le passé insiste.
Est-ce un signe ? Ou simplement la preuve que quelque chose doit enfin mourir ?
Car toute transformation implique une perte. Et tout changement est un deuil.
Faire le deuil de ce qui a été. De ce qui fut.
Faire le deuil d’une version de soi que l’on a aimée.
Parce qu’elle tenait.
Parce qu’elle encaissait.
Parce qu’elle ne renonçait jamais.
Parce qu’elle savait porter les autres, coûte que coûte.
Puis la lucidité arrive.
Sans douceur.
Sans détour.
Et elle pose une seule question :
Et toi… tu es où, là-dedans ? Quand le choix devient vital.
Quand il ne s’agit plus de confort, mais de survie.
Quand il faut sauver son âme. Son équilibre. Son intégrité. Que fait-on ?
A-t-on le droit de fermer une porte ?
A-t-on le droit d’en ouvrir une autre ?
Est-ce de l’égoïsme de se choisir ?
Est-ce un abandon de ne plus se sacrifier ?
Est-ce humain de dire adieu à une version de soi que l’on admirait pourtant ?
Et si l’on se choisit…
Si l’on laisse tomber cette ancienne peau…
Alors qui devient-on ?
Qui décide-t-on d’être quand on ne se renonce plus ?
Quand on cesse de confondre loyauté et effacement ?
Je n’ai pas toutes les réponses… Et je ne cherche plus à en avoir.
Mais je sais ceci :
Parfois, le deuil n’est pas la fin d’un amour.
Ce n’est pas un manque de loyauté.
Ce n’est pas une trahison.
C’est la fin d’un renoncement à soi.
Et vivre avec ça,
l’assumer,
le traverser,
ne pas revenir en arrière,
C’est peut-être la forme la plus exigeante de fidélité, à soi.
Et après le deuil, que reste-t-il ?
Il reste le vide. D’abord.
Un espace nu. Instable.
Vertigineux.
Un endroit où l’on ne sait plus très bien qui l’on est, maintenant que l’on ne se définit plus par ce que l’on portait, réparait, contenait…
Puis il reste le corps.
Fatigué.
Mais vivant :
Le souffle qui revient.
Les épaules qui se relâchent.
La tension qui descend.
Il reste une paix fragile, Pas triomphante :
Pas lumineuse.
Mais honnête.
Il reste la possibilité.
Celle de ne plus se trahir.
De ne plus négocier ses limites.
De ne plus confondre amour et sacrifice.
Après le deuil, il ne reste pas moins. Il reste plus vrai. Et ce n’est pas une renaissance spectaculaire.
C’est un apprentissage lent :
Exigeant.
Vivant,
Celui d’exister sans se perdre,
D’aimer sans s’effacer,
De rester sans se renier.
Après le deuil, ce qui reste… Ce n’est pas la paix. C’est être soi.
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